
Le problème kurde est l’un des plus fondamentaux et des plus anciens du Moyen-Orient. Cette question, ayant des sources politiques, nationales et sociales, doit être prise au sérieux par les puissances concernées. Elle se doit d’être discutée avec tous les interlocuteurs en fonction de son importance en terme de paix, de stabilité et de confiance dans la région. Au lieu de cela, et malgré la volonté affirmée des kurdes, on peut voir que les forces régionales et internationales préfèrent considérer le problème comme une question de terrorisme et de sécurité à traiter dans des ententes bi ou trilatérames et de le prendre en main comme un simple moyen de négociations.
Le 5 octobre 2007, lors de la rencontre entre le Président
des Etat Unis d’Amérque, George W. Bush, et le
Premier Ministre turc, R. T. Erdogan, à Washington, le
représentant de la lutte de libération de notre
peuple, le PKK, a été
déclaré comme étant l’ennemi
à détruire ; mais il n’a pas
été dit le moindre mot sur la
résolution de la question kurde, dont le PKK n’est
qu’une conséquence. L’Union
Européenne quant à elle, en donnant son feu vert
aux opérations de destruction turque participe à
la prise de confiance de l’Etat turc dans le
développement de ses nouvelles politiques
d’anéantissement des kurdes. Il est pourtant clair
que ce genre d’approche, souvent
répétées, n’ont jamais
abouti à la moindre solution.
Durant cette phase, différents milieux, à
commencer par la partie turque, attendent de nous que nous prononcions
un cessez le feu unilatéral. Alors que d’une part,
tout est mis en œuvre pour anéantir
l’organisation et l’institutionnalisation que notre
peuple a développer avec tant de labeur et 30 de lutte, de
l’autre côté, on nous adresse certains
messages annonçant que le problème kurde allait
être résolu par différents canaux.
D’ailleurs le Premier Ministre turc ne cesse
d’annoncer, d’une manière
très peu claire et très peu rassurante,
qu’il a certains projets. Notre cessez le feu ponctuel
d’août 2005 répondant à un
discours du Premier Ministre et celui du 1e octobre 2006 pour une
durée indéterminée, n’ont
reçu que des réponses militaires,
d’où le manque de confiance. Chacun doit
comprendre que tant que des avancées significatives
n’auront pas eu lieu, le peuple kurde n’aura pas
confiance. Il avant tout que la position des puissances en
présence se clarifie : quelles sont celles qui veulent
réellement résoudre le problème kurde,
et quelles sont celles, au contraire, qui veulent mettre notre peuple
dans une position d’attente sans lutte, pour pouvoir plus
facilement l’anéantir.
Plutôt que de chercher à calmer la situation,
chaque jour de nouveaux concepts destinés à
isoler à détruire notre mouvement sont
dévoilés à l’opinion
publique. Sans compter qu’en parallèle
l’Etat turc continue dans le même temps toutes ses
opérations et sa répression contre les dynamiques
militaires, politiques et sociales kurdes.
Il est clair que le problème kurde est à un stade
très critique. En tant que Mouvement de
Libération, nous tenons à dévoiler
notre projet de solution pendant cette phase au combien critique et
importante, pour ouvrir la voie à une possible
résolution et répondre positivement à
tous les milieux qui attendent de nous un tel geste.
Depuis plus d’une quinzaine d’années
notre Président et notre Mouvement ont montré
beaucoup de bonne volonté pour résoudre le
problème kurde par des voies pacifiques. Depuis 1993 5
cessez le feu unilatéraux ont été
prononcés et de nombreux efforts ont
été faits pour le développement
d’un processus démocratique et pacifique.
Cependant à chaque fois, l’Etat turc a
répondu à nos efforts par de vastes
opérations d’anéantissement. En tant
que la partie, pour démontrer notre bonne foi et notre
volonté de résoudre pacifiquement la question, en
1999 nous avons dépêché en Turquie 2
groupes pour la paix, l’un venant de la Guérilla,
l’autre des milieux politiques. De même, pour
empêcher les affrontements et les accrochages, nous avons
décidé à la même
période retirer nos forces hors de zones de combat, et cela
même alors que ce retrait nous a couté
énormément de pertes. Chaque effort, Chaque
sacrifice que nous avons fait a été
considéré par l’Etat turc comme une
preuve de faiblesse, et à chaque fois toutes les voies de
résolution ont été
bloquées.
L’opinion publique n’est pas sans savoir
qu’il y a un an différentes puissances
internationales, à commencer par les USA et l’UE,
certaines institutions de l’Etat turc, certains milieux
politiques, à commencer par le DTP, certains intellectuels
et artistes ainsi que les représentants de l’Etat
Irakien ainsi que ceux du Kurdistan Sud ont appelé notre
mouvement à prononcer un cessez le feu. Avec
l’appel de notre Président le 1e Octobre 2006 nous
avons prononcé un cessez le feu unilatéral.
L’Etat bien loin de répondre à ce
cessez le feu, a préféré le
considérer comme un scénario de
démembrement de la Turquie. C’est pourquoi, il a
décidé d’attaquer les forces, qui se
trouvaient en position de cessez le feu, de manière
décuplée afin d’en finir avec elles.
Ainsi depuis le 1e octobre 2006, les forces armées turques
ont lancé plus de 579 opérations, parmi
lesquelles plus de 460 ont ouvert la voie à des
affrontements qui ont couté plus d’un millier de
perte dans les ceux camps.
Pendant cette même période le Chef
d’Etat Major de l’Armée turque a
déclaré à plusieurs reprises
à l’opinion publique que les
‘opérations allaient continuer
jusqu’à ce qu’il n’en reste
plus un seul’ et que tous les
guérilléros devaient être
éliminés par des méthodes violentes.
Par ailleurs, il y a eu d’importantes pertes
matérielles et morales. Avec ceci, l’Etat turc a
mis en œuvre tout un mécanisme de lynchage
politique et de guerre psychologique pour réprimer la base
politique kurde. Ces attaques ne sont pas restées
limitées aux civils et aux
guérilléros, elles ont aussi porté
contre les élus du peuple kurde. Alors que le niveau de
l’isolement et des attaques contre notre
Président, qui constitue l’un des points les plus
sensibles de notre peuple, a été
relevé, une agression directe contre sa vie est survenue
à travers l’empoisonnement dont il a
été victime.
L’Etat turc, n’obtenant aucun résultat
par ses attaques répétées contre les
dynamiques de libération du peuple du Kurdistan Nord,
partant de la thèse selon laquelle ‘le danger
viendrait de l’extérieur’ met
à l’ordre du jour l’invasion du
Kurdistan Sud. Une autorisation allant de ce sens a
été accordée
l’Assemblée nationales turque, qui est en
réalité source d’une nouvelle
instabilité et d’une nouvelle guerre au
Moyen-Orient. Le Gouvernement AKP utilise cette carte comme moyen de
négociation avec les Etats-Unis et les forces politiques du
Kurdistan Sud. Vu la pression militaire et politique, on peut dire
qu’une attaque ressemblant curieusement celle qui
menaçait la Syrie en 1998 est
d’actualité. L’Etat turc vise
à pousser les Etats-Unis et les forces du Kurdistan du Sud
à nous affronter et par la même faire
renaître les conflits inter-kurdes. Le premier objectif est
certes l’anéantissement de notre Mouvement, mais
le but à long terme de cette stratégie est bien
de tuer ou prendre sous son contrôle l’ensemble des
dynamiques nationales kurdes où qu’elles se
trouvent.
Malgré toutes ses attaques et tous ses plans
l’Etat turc cherche à se poser en victime et met
en œuvre tous ses canaux de diplomatie et
d’information pour pouvoir trouver soutien à cette
déformation. Malheureusement différentes
puissances internationales ont apporté leur soutien
à cette manipulation, pour des raisons
économiques ou politiques. Il est clair que c’est
une injustice qui maltraite la morale humaine.
Pourtant la situation est totalement contraire : ce sont le peuple
kurde et ses représentants légitimes qui victimes
de ces attaques. Le nombre des opérations, leur envergure et
les déclarations des généraux en sont
la preuve. La guérilla n’est pas en position
d’attaque mais de légitime défense.
C’est l’armée turque qui est sur
l’offensive et ses pertes ne sont que le fruit de son
agressivité.
Ceux qui nous ont appelé à prononcer un cessez le
feu en 2006 ont généralement
préféré rester silencieux face aux
agressions de l’Etat turc et n’ont pas fait le
moindre effort pour une évolution pacifique de la
période que l’on traverse. De même que
leurs promesses sont restées vaines. Aujourd’hui
une fois encore, ces même puissances nous demandent de
prononcer un nouveau cessez le feu. Nous tenons à
réitérer notre respect à tous les
efforts fait en vue d’une résolution par les voies
démocratiques. Nous sommes prêts à
remplir tous les devoirs qui nous incombent pour faire taire les armes
et entrer dans un processus de paix. Le cessez le feu
décrété le 1e octobre 2006
n’a pas été levé, mais les
attaques réitérées de
l’armée et de l’Etat turc ont mis fin au
climat de cessez le feu. Si aujourd’hui les adressions de
l’Etat turc contre nos forces, notre Président,
notre Peuple et nos Institutions Démocratiques venaient
à cesser, le climat d’affrontement actuel
laisserait place à un climat sans conflit. Ainsi le silence
des armes se trouvera matérialisé.
Aujourd’hui le fait que ceux qui veulent une
résolution pacifique du problème kurde et qui
nous demandent de décréter un cessez le feu,
fassent pression sur la Turquie pour qu’elle respecte le
cessez le feu prononcé en 2006, sera une porte ouverte sur
la résolution du problème. Tout simplement parce
que si l’armée turque respecte le cessez le feu,
on entrera de facto dans une telle phase. Alors on pourra parler de
silence définitif des armes et mettre au point les projets
en ce sens. Nous pensons qu’un tel projet est possible dans
le cadre énoncé par le DTP d’autonomie
démocratique. Une résolution autour
d’un Kurdistan autonome et démocratique dans le
cadre de la République de Turquie ouvrira la voie
à une union stable.
Voici les points clefs d’une telle solution :
1-
la reconnaissance de l’identité kurde et
le regroupement dans un cadre constitutionnel de toutes les
identités sous la coupole d’une
identité supérieure « de citoyen de
Turquie »
2-
la levée de toutes les entraves à la
culture et à la langue kurde, la reconnaissance du droit
à l’éducation en langue maternelle et
au Kurdistan du kurde comme 2e langue officielle à
côté du turc ; mais le respect de tous les droits
culturels de toutes les autres minorités.
3-
La reconnaissance des droits politiques et
d’organisation sur le fondement des libertés de
conscience, de religion et d’expression.
L’interdiction de toutes les discriminations sources
d’inégalité, sexuelles notamment, dans
la constitution ou dans la loi.
4-
La libération de tous les prisonniers politiques,
y compris le Président du PKK, et la levée de
toutes les entraves au retour à la
société, afin de permettre aux deux peuples de se
pardonner mutuellement et de relancer une dynamique d’union
librement consentie.
5-
Le retrait des forces de ‘guerre
spéciale’ qui se trouvent au Kurdistan,
l’abolition de la fonction de protecteur de village et la
mise en place d’un programme économique et social
visant le retour des villageois poussés à
l’exode.
6-
L’adoption d’une nouvelle loi sur les
collectivités territoriales et la revalorisation des
pouvoirs des autorités locales.
7-
Parallèlement aux articles
précités la mise en place d’un
calendrier commun aux deux parties visant à organiser le
retour des guérilléros ‘à la
vie démocratique et légale’ et le
dépôt échelonné des armes.
Dans ce cadre, il est possible de régler la
question kurde sans toucher aux frontières existantes. Le
plus important est qu’il soit donné au peuple
kurde un espace démocratique dans lequel il puisse vivre
librement. Ce projet permet aux intérêts des deux
parties de se recouper et de renforcer les fondements d’une
unité libre. L’existence et la liberté
du peuple kurde ne menace les intérêts
d’aucun peuple ni d’aucun Etat. Notre peuple
réclame juste les droits qui naissent du fait même
d’être un peuple. Ce qui n’est possible
que sous la condition de la démocratisation des Etat qui
tiennent le Kurdistan sous leur souveraineté. Par
conséquent la résolution du problème
kurde servira le développement de la démocratie
et de la stabilité dans la région.
Nous appelons toutes les forces démocratiques, tous ceux qui
veulent la fraternité des peuples et de la paix, et tous les
intellectuels à prendre leur responsabilité pour
pouvoir obtenir une résolution pacifique et
démocratique de la question kurde. Etre
démocrate, c’est aujourd’hui
s’opposer à la politique de l’Etat turc
visant à terroriser la population kurde et à
développer le racisme. La politique de l’AKP
consistant à mettre en avant les collabos kurdes,
n’apporte aucune solution et est très dangereuse.
Nous appelons tous les milieux démocratiques à
faire front à cette politique de l’AKP et
à œuvrer pour le développement
d’une solution dans le cadre de la fraternité des
peuples.
Nous appelons l’Etat Turc et l’AKP à
abandonner cette politique d’anéantissement qui
perdure depuis 84 ans et à débattre du projet que
nous leur proposons afin d’aboutir à une solution
sur le fondement de l’acceptation de la volonté
kurde. Le gouvernement de la RT ne doit pas rechercher la solution
à l’extérieur mais plutôt
voir que c’est un problème inhérent
à la Turquie qui doit être
réglé avec les représentants
légaux et légitimes du peuple kurde.
Quand bien même le peuple kurde a été
divisé en 4 contre sa volonté, les
dernières évolutions démontrent
à quel point la destinée de tous les kurdes est
commune. Par conséquent, toutes les forces politiques
kurdes, à commencer par le gouvernement du Kurdistan Sud,
doivent prendre leur responsabilité et œuvrer pour
la résolution démocratique du problème
kurde. Il faut savoir que la résolution pacifique du
problème kurde en Turquie concerne l’avenir de
toutes les parties du Kurdistan.
Le fait que les puissances internationales, les Etats-Unis en premier
lieu, déclarent le PKK ennemi ne résoudra pas les
choses. Contrairement à ce qu’avance
l’Etat turc, ce n’est pas notre Mouvement la source
du problème, mais la politique négationniste de
l’Etat turc. La résolution démocratique
du problème sera bénéfique
à la tranquillité et à la
stabilité de la région, de même
qu’elle participera à l’instauration de
la paix mondiale. Nous voulons préciser que nous sommes
prêts à discuter et à participer
à tout projet qui sera mis au point en ce sens par les
puissances mondiales ou régionales. Toutes les formules
avancées, qui consistent en la recherche d’une
solution ‘sans le PKK et sans Ocalan’ ne sont que
perte de temps et ne peuvent que creuser l’impasse. Parce que
jamais notre peuple n’acceptera que ses
représentants légitimes soient
écartés.
En tant que partie kurde, alors que nous déployons tous nos
efforts dans l’espoir d’une solution pacifique, il
est évident que, si dans le même temps, un nouveau
concept de destruction est employé à nos
dépens, nous résisterions avec beaucoup de
détermination. Dans toutes les parties du Kurdistan le
peuple kurde veut résoudre les questions pacifiquement et
non par la voie de la violence. Nous accordons beaucoup
d’importance aux efforts fournis pour la
résolution du problème par les partisans de la
paix et de la démocratie dans la région. Si les
forces souveraines au Kurdistan et les puissances internationales
arrêtent de vouloir écraser la question kurde par
des ententes bi ou tripartites et mettaient en place un
mécanisme de conférence internationale
où toutes les parties seraient présentes, les
bases d’une résolution dans les 4 parties seraient
lancées, sur fond de coopération
régionale et stabilité démocratique.
Au contraire le fait de développer des politiques visant
à créer des conflits inter-kurdes n’est
qu’une preuve de mauvaise volonté. Celui qui se
considère l’ami du peuple kurde ne peut soutenir
de telles politiques. Sachant que le temps des conflits internes aux
kurdes est révolu, aucun mouvement kurde ne doit se laisser
prendre au piège. Toutes les forces du Kurdistan doivent
adopter une ligne nationale et démocratique, comprendre que
c’est la bé abas du patriotisme et tenir cette
position. Parce que ce n’est qu’en adoptant une
telle position politique que l’on pourra utiliser
à bon escient cette chance historique pour la lutte de
libération de notre peuple. Ainsi aucune force nationale ne
doit donner espoir à toutes ces politiques de
négation et d’anéantissement et
accorder l’importance qu’elle mérite
à la solidarité inter-kurde.
Tout patriote kurde, où qu’il se trouve,
qu’il soit jeune, femmes ou de n’importe quelle
couche sociale, doit suivre attentivement la mise ne place de cette
politique nationale et démocratique, et être en
mesure de s’y opposer en cas de déviance.
Plus que jamais la question kurde est proche de sa solution. Les Etats
dominants qui voient dans cette solution un danger pour leurs
intérêts sont pris de panique et mettent tout en
œuvre pour l’empêcher. Mais il est
évident que les politiques de négation et
d’anéantissement destinées à
écraser la volonté des kurdes
n’aboutiront à rien. Chaque tentative visant
l’anéantissement ne pourra que creuser
l’impasse, et n’amènera aucune solution
; ne pourra que provoquer les affrontements et
l’instabilité et ne sera guère source
de paix et de stabilité.
Ceci est sur : le peuple kurde réorganisé sous la
direction du PKK, reposant sur ses nouvelles dynamiques
démocratiques et nationales, et doté
d’une grande expérience de la
résistance, est en mesure de continuer à lutter
et de résister de longues années en ne se fondant
que sur ses atouts propres. Nos amis, notre peuple et les puissances
concernés ne doivent nullement douter sur ce point. Ainsi le
seul moyen de résoudre le problème,
passe non pas par la violence, mais bien par la voie du
dialogue. Dans le cas contraire, une période chaos et
d’affrontements risque de voir le jour, qui ne sera dans
l’intérêt de personne.
En tant que Mouvement, nous refusons une telle possibilité
et par cette déclaration, nous déclarons
solennellement que nous acceptons les appels qui nous ont
été lancés par les puissances
concernées pour permettre une solution
démocratique et pacifique de voir le jour. Nous appelons
enfin toutes les puissances concernées à
œuvrer pour une résolution
démocratiques de la question et à prendre leur
responsabilité.
Conseil
Exécutif du KCK et Présidence du Kongra-Gel
30 novembre 2007