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Avec les guérilleros Kurdes dans le Nord de l’Irak |
| Yazar admin Tarih: Perşembe, 13. Mart 2008 |

Washington Post Josh Partlow de The Washington Post. Assisté du photographe Andrea Bruce et du correspondant Dlovan Brwari. Reportage dans la vallée de Zap en Irak en Février dernier.Le jour où les soldats turcs se repliaient d’Irak, 40 guérilléros kurdes se préparaient pour inhumer 5 de leurs morts
Les corps
étaient enveloppés dans du plastique noir et de
la bâche de
camouflage, arrimés à des brancards
fabriqués à partir de branches et
drapés dans le drapeau du Parti des Travailleurs du
Kurdistan ou PKK.
En silence, les guérilléros empilent des grosses
pierres en cinq piles
et déposent les brancards l’un après
l’autre sur les piles. Ils
s’alignent sur deux rangées en
présentant les armes face aux montagnes
qui les entourent et attendent que leur chef prenne la parole.
"L'armée turque n'a pas réussi à
s’emparer de notre territoire, ils
n'ont pas pu s’emparer d’une de nos bases, de nos
armes, ou même d’un
morceau de nylon," déclare Bahoz Erdal, 39 ans et commandant
militaire
de la guérilla kurde, face aux rangs serrés de
ses troupes. "L'armée
turque n'a eu aucune occasion de repos. Quand ils attaquaient, nous les
avons frappé. Quand ils faisaient halte, nous les avons
frappé. Même
quand ils se sont replié vers l'arrière, nous les
avons frappé."
Le bilan de la bataille de huit jours, terminée vendredi
dernier, le
long de la frontière nord de l'Irak a
été décrit par le gouvernement de
Turquie comme se terminant à la date prévue et
étant une incursion
réussie qui a paralysé ses ennemis,
détruit des centaines de leurs
grottes et de leurs cachettes. Mais en fin de compte la bataille
s’est
terminée là où elle avait
commencé, avec la guérilla insaisissable et
ayant toujours le contrôle exclusif des centaines de
kilomètres de
terrain montagneux.
Lors des obsèques, le calme terminait leur
dernière guerre, certains
guérilleros ont incliné leur tête mais
aucun n’a versé de larmes.
«Dans les 10 derniers jours à Zap, nos combattants
ont affiché leur
historique héroïsme», dit Erdal
à ses soldats. "Dans cette défense,
vous avez ranimé de nouveau l'esprit de combat du PKK."
Un correspondant du Washington Post et un photographe qui ont
passé
cinq jours dans le territoire rebelle pendant et après la
bataille - la
seule équipe de reporters autorisée à
accompagner la guérilla au cours
de cette période - ont observé une
société autonome, avec ses propres
lois et traditions, et qui ne ressemble pas au reste de l'Iraq.
L'accès
était cependant limité personnes et aux lieux
choisis par la guérilla,
et il était difficile de vérifier les
détails de la bataille en raison
des grandes distances entre les différentes zones.
Ce qui était clair c’est que des années
dans ces montagnes couronnées
de neige ont forgé les combattants à
l’image de rudes ascètes. Bien
qu'ils soient eux-mêmes basés dans le nord de
l'Irak, ils sont déployés
aussi ailleurs, choisissant même de vivre un temps en zone
turque et un
temps en Irak. Ils sont basés au coeur du Moyen-Orient
islamique, mais
sont largement indifférents à la religion ou
à la culture qu’ils ont
laissées en Turquie, Syrie, Iran et Iraq. Ils comparent leur
lutte à
celles des révolutionnaires américains qui ont
combattu la couronne
britannique, et à la guérilla cubaine qui a suivi
Fidel Castro en
descendant des montagnes de la Sierra Maestra.
"Nous nous battons pour la démocratie, pour la
liberté", déclare Osman
Delbrine, un combattant de la guérilla de 32 ans dont huit
ans dans les
montagnes. "Nous nous battons pour la paix et pour tous les Kurdes de
toutes nations."
Leur tactique peut être impitoyable. Ils se tapissent
à la frontière
pour frapper des soldats turcs et se replient en Iraq. Il est plus rare
pour eux d'être sur la défensive, de
protéger leur territoire attaqué
par les Turcs. Le PKK, avec 4000 à 5000 combattants selon le
Département d'Etat américain,
représente une menace moins forte
qu'auparavant pour le gouvernement turc. Mais le mouvement
bénéficie
d'une résurgence du sentiment nationaliste parmi les 25
millions de
Kurdes dispersés dans toute la région.
Les dirigeants du PKK disent qu'ils ne combattent plus pour un Etat
kurde indépendant, ou encore pour reproduire ou
étendre la région semi
autonome kurde d’Irak. Au contraire, ils disent qu'ils
veulent que leur
peuple parle kurde dans les écoles, qu’il
reçoive la carte nationale
d'identité, avoir des droits égaux pour les
femmes, éviter la
persécution des forces de sécurité,
faire respecter leur influence
politique, où qu'ils vivent. À marcher parmi la
guérilla, toutefois, on
ressent que certains combattent également pour
perpétuer leur
communauté, leur expérience socialiste et rester
seuls.
"Dans la société, dans les villes, je me sens
comme quelqu'un qui
s'étouffe ", déclare Berivan, une femme de
guérilla de 27 ans. "Dans la
montagne, je me sens libre."
Les guérilléros ne reçoivent pas de
salaire. Ils cousent leurs
uniformes de laine couleur vert olive et soignent leurs
blessés. Ils
n'ont pas de foyer et vivent en itinérance, marchant sur des
sentiers
de chèvre, dans le lit des ruisseaux à sec,
à travers les champs et les
rochers moussus, et à travers les éboulis. Les
petits villages qui
parsèment ce territoire sont désormais
abandonnés, la seule route pavée
est déserte. Les guérilléros dorment
dans des grottes enroulés dans
leur couverture ou sous les étoiles, ils boivent l'eau des
sources et
mangent ce qu'ils peuvent introduire et se procurer de la civilisation.
Bien que le PKK accueille les visiteurs, le Gouvernement
régional du
Kurdistan au nord de l'Iraq a essayé de barrer la route aux
étrangers,
en particulier les journalistes, les empêchant de
pénétrer dans la zone
où les autorités tolèrent
effectivement la guérilla. Après avoir
reçu
une invitation à visiter la région, les
journalistes du Post ont marché
pendant huit heures, d'abord sur un chemin rocailleux de transhumance
s’élevant vers le haut d'une montagne surplombant
les villes kurdes
plus au sud, puis sur une pente abrupte qu’un guide local a
désigné
comme pleine de mines. Sur le chemin, il a fallut traverser un pont
d'acier endommagé par les bombes turques et s'accroupir sous
des
rochers lorsque des avions de guerre survolaient l'endroit. Les
montagnes résonnaient de pétarades de coups de
feu et d’explosions de
bombes dans les lointains. À la tombée du jour,
le premier guérilléro -
portant camouflage et un fusil Kalachnikov - apparut de
derrière un
arbre dans un ravin rocailleux. D'autres sont très vite
apparus, et
l'un d'eux a levé sa main.
"Bienvenue à notre montagne", a-t-il dit en anglais.
L'invasion militaire turque, baptisée Opération
Soleil, a débuté le 21
Février avec un bombardement aérien, suivi d'une
avancée de 2000 hommes
de troupes au sol à divers endroit le long des 200 milles de
frontière
que la Turquie partage avec l'Irak.
Le gros des combats ont concerné la vallée de
Zap, une région cruciale
dans la partie ouest du territoire de la guérilla,
là où se trouvent
leur quartier général, des camps
d'entraînement, des salles de stockage
souterrain, des champs et des combattants manoeuvrant leur mitrailleuse
antiaériennes Dushka de fabrication russe en position sur
les sommets
enneigés. Erdal, le commandant de la guérilla
parlant vite, a abandonné
ses études de l'école de médecine
à Damas, en Syrie, il y a deux
décennies, pour rejoindre le PKK. Depuis, il se consacre
à la lutte
contre la Turquie.
« Ce n'est pas au hasard qu'ils attaquent ce secteur
», a-t-il dit.
«Les troupes employées sont suffisantes pour
s’emparer d’une zone comme
Zap. Mais lorsque vous utilisez une très grande
armée, il est difficile
e l’organiser et vos mouvements seront ralentis. »
En fin de compte, dit Erdal, ses guérilléros ont
poussé la Turquie à
redescendre de la montagne après avoir tué plus
de 120 de ses soldats ;
la Turquie a affirmé en avoir perdu 24. L'écart
est encore plus grand
sur les pertes de la guérilla : Erdal et plusieurs autres
ont insisté
sur le fait que seulement 10 de leurs propres combattants ont
été tués,
tandis que la Turquieles chiffre à plus de 230.
L'un des corps arrimés sur un brancard le jour de
l'enterrement, est
celui de à Eruh Ayhan. Lors des préparatifs de
l'enterrement, les noms
des défunts ont été écrits
sur des bouts de papier blanc attaché à la
poitrine. C’est une scène que Roshat Sarhat, un
guérilléro de 30 ans
qui était avant journaliste à Istanbul, ne
souhaite pas voir. Il est
resté dans une cabane abandonnée en pierre
situé sur une colline, loin
de la préparation. Dans la pièce nue ne
résonnent que le grésillement
de la radio et le bourdonnement d'un drone de surveillance loin dans le
ciel.
«Il était mon meilleur ami», dit Sarhat.
Eruh était mort le premier jour de la bataille.
Tout au long des combats, les centaines de guérilleros ont
utilisé les
mêmes tactiques de combat éprouvées
qu'ils ont pratiquées pendant des
années : se déplacer rapidement, frapper et se
replier, harceler et
tromper un ennemi plus puissant. Ils portent des AK-47, des fusils
à
lunettes, des lances roquettes et des grenades à main.
"Certaines de nos attaques n’ont requis que cinq
guérilleros, et
d’autres 50 ou 60", a dit Erdal. "Par exemple, vous envoyer
cinq
guérilleros contre une force beaucoup plus grande en pleine
nuit, ils
attaquent et quitter la zone, et alors ces soldats ne peuvent plus
dormir jusqu'au matin. Dans une situation différente, vous
utilisez 50
ou 60 guérilleros pour tenir une montagne."
Après que le Président Bush ait
rencontré le Premier ministre turc
Recep Tayyip Erdogan en novembre pour examiner le problème
du PKK, la
guérilla s’est empressée de prendre des
dispositions pour la bataille.
Ils ont caché des munitions, des armes, des vivres et de
l'eau dans les
grottes et falaises à travers les montagnes, pour un
réapprovisionnement rapide. A l'intérieur de
l'une de ces cavernes, ils
ont installé un métal poêle
à bois cylindrique en métal et une
cheminée
pour chauffer une pièce construite de tissu vert militaire
et de bâches
en plastique.
"La montagne est une école pour nous", a
déclaré Elif, 32 ans, une
commandante qui a abandonné l'école de design
pour intérieur en Turquie
il y a 10 ans pour rejoindre le PKK. "La montagne nous apprend
à
marcher, elle nous enseigne comment vivre dans le froid, comment aller
sans manger pendant longtemps», dit-elle. "Les soldats turcs
sont
grands, mais ils ne peuvent pas rester dans la neige plus que quelques
heures."
Dans les montagnes ils communiquent à l'aide de
téléphones cellulaires
en envoyant des messages texte ou en parlant en code en tenant
à la
main des radios Yaesu dont les fréquences changent
perpétuellement. Si
ils occupent une maison abandonnée, ils ont une couverture
pour cacher
la lumière des fenêtres et construisent des feux
la nuit pour masquer
la fumée. "Nous n’avons pas peur," dit Sarhat.
"Mais nous sommes
toujours prudents."
Sarhat, un homme à l’air grave et
sérieux, a rejoint le PKK il y a dix
ans, après avoir travaillé en tant que reporter
à la télévision en
Turquie. Il est né de parents kurdes dans la ville de Van,
mais il n'a
pas appris sa langue ancestrale, car l'enseignement dans les
écoles
était interdit. En grandissant il a apprit
l’histoire kurde, et il
s'est senti de plus en plus en colère que sa culture soit
réprimée.
"Partout où les Kurdes vivent en Turquie, vous ne pouvez pas
agir comme
un Kurde. Vous ne pouvez pas avoir votre propre identité,
vous ne
pouvez pas avoir votre propre histoire ou culture»,
déclare-t-il. "Je
me suis rendu compte qu'ils ont pris les droits de ma nation, notre
éducation, notre identité. Puis, j'ai
décidé de rejoindre le PKK."
En temps de guerre, les guérilléros
s’occupent à différentes
tâches. Il
y a des médecins qui utilisent les trousses de premiers
secours de
l’UNICEF, des cuisiniers et des vidéastes, des
combattants de première
ligne et des logisticiens. Pourtant, ils se ressemblent jusque dans les
moindres détails. Ils fument une marque de cigarette,
Business Royales,
et presque tous portent des espadrilles turques Mekap de couleur
pêche
et aux lacets oranges.
Les guérilléros ne sont pas une armée
populaire ou une rébellion
improvisée insurrectionnelle, mais une force paramilitaire
entrainée
qui exige que chaque nouvelle recrue passe trois mois dans un camp pour
étudier la tactique militaire et la doctrine dans
l'idéologie du
dirigeant emprisonné, Abdullah Ocalan. La guerre
séparatiste du PKK
contre les autorités turques, qui a commencé en
1984 et a duré une
décennie et demie, a coûté la vie
à environ 35000 personnes,
essentiellement des Kurdes dans le sud-est de la Turquie.
Dans l'enclave du PKK dans le nord de l'Irak, le visage joufflu et
moustachu d’Ocalan figure à flanc de colline, sur
les drapeaux et les
petites épingles que les combattants portent au revers de
leurs vestes.
Ils manifestent ainsi leur révérence envers
Ocalan, capturé en 1999 à
Nairobi et à présent détenu dans une
prison turque. Après des
tentatives d'assassinat contre Ocalan dans les années 1990,
des
guérilléros se sont immolés et
certains sont devenus des kamikazes.
Pour les gouvernements de la Turquie, de l'Irak et des
États-Unis, ces
tactiques ont ancré la réputation du PKK
d’être une organisation
terroriste.
«Nous ne souhaitons à aucune mère au
monde de recevoir le corps de son
fils mort", a déclaré Afreen Hadar,
guérilléro de 26 ans qui a grandi
près d'Alep, en Syrie. "Nous ne voulons pas nous battre,
nous voulons
être pacifiques. Mais s'ils nous attaquent, nous nous
défendrons."
Le PKK recrute un grand nombre de ses combattants lorsqu'ils sont
adolescents ou étudiants au collège et il a
été critiqué pour dévoyer
efficacement les jeunes et les piéger dans la
guérilla. Mais sur plus
d'une douzaine de personnes interrogées la semaine
dernière, tous sont
venus à la guérilla volontairement. Certains ont
dit qu'ils se sont
joints parce que leurs villages avaient été
attaqués ou que des parents
avaient été assassinés par les soldats
turcs.
Afreen est venue à la montagne à
l’âge de 18 ans après qu'il lui ait
été conseillé par ses enseignants
arabes de rejoindre le parti Baath au
pouvoir si elle voulait poursuivre ses études et que sinon
elle serait
expulsée. Elle connaissait bien les livres d'Ocalan et le
considérait
comme un héros. Elle a laissé une note pour dire
à ses parents qu'elle
rejoignait le PKK, est sortie de la maison et ne les a pas revus depuis.
« Ce que je fais ici, est plus important que mes
parents», dit-elle.
Après le discours d’Erdal lors des
funérailles, les guérilléros ont
emmené les corps de leurs camarades en procession solennelle
jusqu'à la
montagne, à travers les prairies de graminées
sauvages et deux
passerelles jetées sur des torrents, jusqu'à ce
qu'ils atteignent leur
cimetière à paroi de pierre entourée
de cratères de bombes turques.
Avec pelles et pioches, ils ont creusé cinq espaces dans les
rangées de
tombes. Ils ont poussé les bouts de papier portant les noms
à
l'intérieur de bouteilles en plastique clair et les ont
placées dans
les tombes. Ensuite, ils ont couvert leurs morts avec de la terre et
des dalles de pierre blanche et, sans cérémonie,
se sont dispersés dans
la montagne.
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