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Déclaration pour la paix de la part du KONGRA-GEL*
Submitted by DENIZ on Thursday, September 07 2006
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Le Moyen-Orient, zone d’affrontement perpétuel, garde toujours sa place dans l’actualité. Certes, le fait que les systèmes mondiaux se créent dans cette géographie en est une cause, mais c’est surtout la non-démocratisation de la région qui se trouve être à l’origine des problèmes. Parce que la culture démocratique n’arrive pas à s’imposer, les sociétés et les forces politiques ne respectent leurs droits réciproques, ce qui entraine les affrontements. C’est donc le refus de démocratisation des systèmes politiques de la région qui entraîne l’intervention des puissances externes à la région.
L’une des causes premières de la non-démocratisation de la Région, c’est le refus de résoudre le problème kurde. Comme cette question n’est pas résolue en profondeur, les tentatives de résoudre les autres problèmes de la région restent vaines et la stabilité n’est pas trouvée.

Les principaux fautifs de la non-résolution du problème kurde sont les puissances régionales et internationales. Les kurdes ont beaucoup soufferts de cette impasse, mais les Etats maîtres du Kurdistan n’ont eux aussi jamais pu atteindre cette sérénité tant recherchée.

Dans ce Moyen-Orient qui ne se démocratise pas, la paix ne pourra pas s’imposer et les Arabes, les Kurdes, les Turcs, les Perses, les Assyriens et les Israéliens continueront de se méfier les uns des autres. Le stress qui découle de cette situation entraînera sans cesse la région vers de nouveaux affrontements comme si c’était le destin de ses peuples.

Les Etats de la région qui fondent leurs politiques sur le Traité de Lausanne qui ignore les kurdes, n’ont jamais reconnu cette population et l’ont toujours approché par la seule politique du bâton. Ces Etats n’ont rien apporté aux Kurdes, ils n’ont qu’une seule politique : c’est celle de réprimer le peule lorsque celui-ci légitimement se révolte. Aujourd’hui c’est de cette même mentalité qu’a découlé l’entente anti-kurde entre la Turquie, l’Iran et la Syrie. Durant toute leur histoire les kurdes ont sans cesse résisté à cette politique d’anéantissement par la violence, qui est d’ailleurs à la source même de l’impasse que l’on traverse à l’heure actuelle. La politique de violence contre les kurdes qu’à adopter la Turquie est une cause directe des affrontements et des tensions vécus aujourd’hui.

Face à cette nouvelle ère qui se développe dans le Monde et au Moyen-Orient ainsi que les développements créés par le Mouvement de Libération kurde la Turquie et l’Iran, qui n’arrivent plus à mettre en œuvre leurs politiques de négation et d’anéantissement, sont pris d’un vent de panique et depuis le début du printemps ont entamé de vastes attaques contre notre Mouvement. Alors qu’elle s’est déjà alliée avec l’Iran et la Syrie, la Turquie essaie d’autre part de développer une seconde alliance avec les Etats-Unis et l’Irak pour mettre en pratique ses projets belliqueux contre notre Mouvement. N’arrivant pas à obtenir le soutien souhaité, l’Etat turc a choisi de mettre en avant une possible opération au-delà de ses frontières contre nos positions.

Un appel au cessez le feu a été lancé par différentes personnalités et institutions en Turquie notamment, mais aussi par le gouvernement fédéral Kurde, beaucoup d’intellectuels et des organisations de la société civile. Dernièrement le porte parole du Ministère des affaires étrangères Américains a d’ailleurs appelé notre mouvement à un cessez le feu unilatéral et à déposer les armes. Nous accordons beaucoup d’importances à tous les efforts en faveur d’une résolution démocratique et de la paix. Malheureusement les efforts unilatéraux ne nous permettent d’avancer en la matière. Si cela suffisait nous serions prêts à faire tous les sacrifices nécessaires, mais l’histoire de notre lutte nous prouve que les efforts unilatéraux ne permettent de résoudre les problèmes.

L’opinion publique n’est pas sans savoir que la Direction de notre Mouvement a à plusieurs reprises prononcé des cessez le feu unilatéraux, en 1993, 1995 et 1998, pour ouvrir la voie à une résolution démocratique de la question. Toutefois ces initiatives n’ont pas permis de régler les problèmes et l’Etat turc a cherché à se servir de ces périodes de cessation des affrontements pour alourdir ses attaques contre notre mouvement. Toutes ces tentatives restant vaines, notre Président, Abdullah OCALAN, a depuis sa prison d’Imrali appelé le 2 août 199 notre mouvement à l’arrêt de la lutte armée et au retrait de la guérilla de la Turquie, afin de se mettre en « position de légitime défense ». De cette manière notre mouvement laissait ouverte la voie à la Turquie pour régler ce problème si elle en avait la volonté car notre nouvelle position ne forçait plus l’Etat turc. L’Etat turc n’avait dés lors plus aucune raison de ne pas résoudre le problème ou bien de ne pas effectuer quelques avancées positives, malgré cela il n’a pas montré la volonté de résoudre la question. Face aux pressions internes et externes le gouvernement turc n’a rien trouvé de mieux que 60 minutes hebdomadaires en langues à la télé, ce qui n’est en fait qu’une insulte au peuple kurde et une version nouvelle de la politique de négation et d’anéantissement, et des cous privés en langue kurde, qui ont du surmonté des milliers d’obstacles avant de pouvoir voir le jour. A plusieurs reprises les déclarations officielles ont annoncé « nous avons fait ce qui était à faire, personne ne doit attendre plus de nous », et par conséquent rendu public le véritable souhait des autorités turques.    

Nous avons appelé à plusieurs reprisés à abonder cette politique et cette volonté de gagner du temps et d’étouffer le problème. De même qu’il n’a fait preuve d’aucune bonne volonté, dés l’intervention des Etats-Unis en Irak en mars 2003, pris de panique de voir se créer un grand Kurdistan à parti du Kurdistan fédéral nouvellement fondé en Irak, l’Etat turc s’est allié avec l’Iran et la Syrie pour enrayer la dynamique de libération des kurdes et a entamé de vastes offensives militaires en parallèle des politiques de répression qui ont été adoptées.

Ainsi le 1er juin 2004 face à ces attaques répétées la position de légitime défense a été adoptée. Dans le cadre de notre nouvelle stratégie, les Forces de Défense Populaires (HPG) ne constituent une force destinée à régler les problèmes par la violence, mais en une force destinée à protéger le peuple kurde en cas d’attaques armées contre lui. Par conséquent dés lors que le HPG a riposté aux offensives de l’armée turque, nous sommes entrés dans une nouvelle phase.

A la suite des efforts de certains intellectuels et de la déclaration du Premier ministre Erdogan du 12 août 2005 à Diyarbakir, pour donner une nouvelle chance à la résolution démocratique de la question notre Mouvement à entamé une période de non-action d’un mois. En réponse à cet acte l’armée turque a choisi de durcir ses attaques. Au final ce mois a coûté 4 fois plus de pertes qu’en période d’affrontement aux forces du HPG. Le Premier ministre quant à lieu, n’assumant pas ses déclarations, a préféré soutenir la violence perpétrée par l’armée. Ainsi ces efforts pacifiques et pleins de bonne volonté de la partie kurde ont été considérés comme un signe de faiblesse par cette culture politique qui ne voit la force que dans la violence et l’oppression.

Alors que partout dans le monde, les problèmes semblables sont en phase de règlement par la voie du dialogue, cette détermination absolue d’enrayer les efforts pacifiques du Mouvement de Libération des Kurdes, n’a qu’une seule signification : l’Etat turc veut profiter de sa force militaire et politique pour continuer à mettre en œuvre sa politique de négation et d’anéantissement.

La partie kurde n’est pas celle qui refuse la résolution ou bien qui insiste dans la violence. Nous ne voyons pas dans la violence une manière de résoudre les problèmes. Au contraire jusqu’aujourd’hui nous avons fait d’énormes sacrifices pour ouvrir la voie à une résolution démocratique et pacifique. Si les interlocuteurs au problème démontrent une quelconque intention de résolution du problème, ils verront facilement qu’il n’y a aucune entrave à la résolution. Comme l’avait déjà affirmé Notre Président, il y a des années, « nous recherchons un interlocuteur ». Si la Turquie fait un quelconque pas dans la voie de la résolution du problème, nous sommes persuadés qu’un cessez le feu pourrait être signé le jour même et que la question entrera tout de suite dans la voie de la résolution.

Alors que nous avons soumis à l’opinion publique plusieurs projets et propositions qu’aucune force n’aurait pu rejeter, on ne nous a jusqu’aujourd’hui soumis aucun projet de solution. Par conséquent on ne peut pas nous considérer comme fautifs de l’impasse actuelle. Malgré tout cela, notre Mouvement agissant de manière responsable a tout fait pour éviter une recrudescence des affrontements et ne pas sortir du cadre la légitime défense.

Nous savons que l’impasse et les affrontements causent beaucoup de tort aux Kurdes, aux Turcs et à tous les peuples de la région. C’est pourquoi dans le cadre de l’appel à la paix formulé dernièrement par notre Président, prenant également en compte les appels à la paix de certaines puissances et institutions internationales et la volonté de paix formulé par la plupart des milieux concernés,  nous avons la décision de faire un nouveau pas dans la voie de la paix.

Notre Comité Exécutif qui s’est réuni en ce sens du 7 au 9 août a discuté cette situation et décidé la mise en œuvre d’un nouveau processus pacifique et démocratique.

Pour cela l’Etat turc devra faire preuve de bonne volonté, afin d’entamer ce processus de résolution et de dialogue, en mettant fin à ses attaques et aux lourdes conditions d’isolement que subit notre Président. Ce ne sont pas des conditions mais seulement des pas que pourront faire toutes les forces avides de résoudre ce problème.

Si une attitude positive est adoptée de la part des autorités turques, le Comité Exécutif de notre Mouvement se chargera de convaincre les forces de HPG d’entrer de facto en position de cessez le feu. Le 1er septembre, Journée Mondiale de la Paix, nous semble être une date très opportune pour l’annonce d’une telle phase.  Tout notre Peuple et notre Mouvement, dés ce jour et ce jusqu’au 1er septembre, vont à chaque occasion scander leur volonté de paix et de résolution démocratique et le 1er septembre ce mot d’ordre va atteindre son zénith par les actions civiles et démocratiques. L’Etat turc peut quant à lui démontrer sa volonté de résolution en adoptant un comportement pacifique et démocratique face aux efforts que nous développons.

Une fois que les deux parties auront arrêtés les affrontements et qu’un climat propice se sera mis en place, la seconde phase pourra alors être d’actualité. Celle-ci consiste à débuter un processus de résolution démocratique de la question kurde. Par principe, la perspective d’une autonomie démocratique du peuple Kurde au sein des frontières de la Turquie, semble pouvoir être une solution stable et durable.

Voila selon nous, le cadre des avancées réciproques qui devront avoir lieu pendant la seconde phase pour permettre une résolution durable :

1-Reconnaissance de l’identité kurde et garantie constitutionnelle de toutes les identités regroupées sous la coupole de la haute identité de la « citoyenneté turque ».

2-Levée de toutes les entraves à la langue et à la culture kurde, reconnaissance du droit à l’enseignement dans la langue maternelle, et acceptation du kurde en tant que seconde langue officielle dans la région du Kurdistan ainsi le respect des droits culturels des autres peuples minoritaires

3- Reconnaissance du droit à faire de la politique et à s’organiser sur la base des libertés d’opinion, de religion et de parole et le retrait de toutes les discriminations des lois et de la constitution, à commencer par la discrimination sexuelle

4- Un projet d’harmonisation sociale doit être adopté, pour favoriser la paix et l’union libre des deux communautés, et pour cela tous les prisonniers politiques devront être libérés y compris le Leader du PKK et la voie devra leur être ouverte pour reprendre leur place dans la vie sociale et politique du pays

5-Retrait des forces spéciales du Kurdistan, abolition de la loi de protectorat des villages et des protecteurs de village et mise en place de projet socio économiques pour permettre le retour des déplacés dans leurs villages

6-En parallèle des articles ci-dessus, un calendrier devra être fixé par les deux parties pour permettre le dépôt des armes et le retour à la vie sociale, légale et démocratique des guérilleros

En Turquie la résolution de la question kurde passe par la mise en pratique de ces quelques points fondamentaux. Ce qui revient aussi à dire que la Turquie deviendrait un pays véritablement démocratique. La résolution démocratique de la question kurde en Turquie ouvrira aussi la voie à une résolution politique, dans le cadre de leur frontière, en Syrie en Iran. La résolution du problème kurde entraînera avec elle la démocratisation du Moyen-Orient. Si l’angoisse et la méfiance disparaissent, tous les problèmes de la région enteront plus facilement dans une phase de résolution.

Le développement d’une telle solution à la question kurde ne sera que positive pour les puissances internationales et celles de la région. La paix et la stabilité ne seront atteintes que dans la perspective de résolution démocratique de la question kurde et de la démocratisation du Moyen-Orient. De même la fraternité des peuples, le respect mutuel et la justice ne se développeront que dans ce cadre.

Alors que telle est la réalité, les tentatives d’anéantissement du mouvement de libération kurde ne donneront d’autres résultats qu’affrontements et instabilité ; et nul ne verra ses intérêts satisfaits ou même protégés par une telle approche.

Il faut désormais accepter le fait que le PKK et sa Présidence sont une réalité du Peuple kurde. Vouloir les séparer ou bien chercher des solutions « sans Ocalan, sans PKK » ne peuvent que signifier impasse et affrontements. La distinction de ce constat par les puissances concernées est d’une importance primordiale pour la résolution du problème. De plus, le projet développé par le Président APO ne concerne pas que les kurdes, c’est un projet de libération et de démocratie pour toutes les populations du Moyen-Orient. La résolution du problème Israélo-palestinien mais aussi des autres maux entre les peuples et la stabilité tant recherchée ne pourront être garanties que dans cette perspective.

Si la plateforme qui regroupe les représentants de la Turquie, de l’Irak et des Etats-Unis vise une résolution durable du problème et qu’elle se fonde sur une solution démocratique de la question, en tant que partie kurde, nous sommes prêts à fournir toute la bonne volonté et tous les efforts nécessaires en ce sens. Dans ce cas, un représentant kurde, digne de confiance pour notre peuple et notre mouvement, devra place dans cette plateforme tripartite. Si au contraire la voie choisie est celle que l’Etat turque a pour habitude d’emprunter c'est-à-dire celle de la violence, il est évident que la partie kurde refuserait cette approche et que cela se traduirait par des affrontements et par une impasse.

Aujourd’hui on peut facilement comprendre que l’Etat turque qui n’a jamais eu d’autre politique que celle d’anéantissement et négation du peuple kurde cherche à provoque les Etats-Unis contre le mouvement de libération kurde. Ceci dit, le fait que les Etats-Unis s’attaquent au PKK n’est pas logique et n’a aucune explication. En effet, s’opposer à notre mouvement qui se base sur une mentalité démocratique et qui se bat pour cela, serait totalement contraire aux intérêts des Etats-Unis et leurs alliés qui prétendent provoquer une transformation démocratique de la région. La transformation démocratique qui a été faite par notre mouvement, est facilement visible lorsqu’on observe la population de Diyarbakir, qui est le symbole des kurdes. Et nous pensons également qu’il est de l’intérêt des puissances internationales que de respecter la volonté proclamée par le peuple de Diyarbakir.

KONGRA GEL (Congrès du Peuple du Kurdistan)
Septembre 2006


*KONGRA-GEL : CONGRES DU PEUPLE DU KURDISTAN
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