ANF 09.07.2010 – “Si les négociations ne commencent pas, la révolution va s’amplifier au Kurdistan. Le PKK ne peut être détruit par une armée professionnelle ou par des armes technologiques. Qui plus est, on risque d’assister à une escalade des conflits dans les villes. Dans ce cas, tout le monde va perdre, et surtout le gouvernement”, a déclaré le leader kurde Abdullah Öcalan.
Au cours de la visite de son avocat dans la prison de haute sécurité d’Imrali, Öcalan a également rappelé les conditions de base pour une solution: un cessez-le-feu bilatéral, la mise en place de commissions de vérité et de réconciliation, ainsi qu’un cadre législatif et des garanties constitutionnelles. Concernant les déclarations d’Ilker Basbug, chef d’Etat major de l’armée turque, qui, critiquant les députés du parti pro-kurde du BDP pour avoir assisté aux funérailles de guérilléros kurdes, leur a suggéré de quitter le parlement et d’aller dans les montagnes, Öcalan a dit : « Basbug se répète. C’est la répétition d’une tentative d’approche qui a échoué. »
Le leader kurde a par ailleurs indiqué que, selon lui, il était important que le BDP ouvre un bureau de représentation à Erbil, capitale de la région kurde en Irak : « C’est important d’avoir des représentations à Bruxelles ou à Washington, mais encore plus à Erbil, parce que les gens là-bas font partie de notre propre peuple. Il est même très tard compte tenu du fait que 500 compagnies turques se trouvent déjà sur place. »
Abdullah Öcalan a fait les déclarations suivantes :
L’autonomie promise par Mustafa Kemal
« Les Kurdes ont joué une rôle vital dans la “guerre d’indépendance” et ce rôle a été consacré dans la Constitution de 1921. Mustafa Kemal a promis l’autonomie pour les Kurdes. Ces promesses se trouvent dans les rapports du parlement. Cependant, elles ont été neutralisées par Ismet Inönü et Fevzi Cakmak, ainsi que par les Britanniques. Les Britanniques ont sacrifié les Kurdes. »
Trois propositions
« J’ai trois propositions pratiques pour le Gouvernement, le KCK et le BDP, afin de trouver une solution au problème kurde.
Premièrement, il devrait y avoir un cessez-le feu bilatéral respecté par les deux parties.
Deuxièmement, une commission de vérité et de réconciliation, telle que celle mise en place en Afrique du Sud après l’abolition de l’apartheid. Cette commission devrait être composée d’experts. Une commission parlementaire peut également être créée avec la participation d’experts, d’intellectuels et d’ONG. La commission peut entendre toutes les parties du conflit, y compris moi-même. On pourra ainsi découvrir la vérité, la partager avec l’opinion publique et parvenir à la réconciliation. Ce n’est pas aussi difficile qu’il le paraît. Cela a marché en Afrique du Sud et il n’y a pas de raison que cela ne marche pas ici.
De manière parallèle, les forces du PKK peuvent être rassemblées dans une zone qui serait placée sous le contrôle d’une organisation internationale telle que l’ONU. Elles peuvent attendre là jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée. Commence ainsi la troisième phase.
Troisièmement, ramener les guérilléros du PKK chez eux. Pas comme cela s’est passé à Habur [délégation pour la paix envoyée par le PKK le 19 octobre 2009 à la demande d’Öcalan], mais en masse. Tous les guérilléros peuvent venir ensemble. Les aspects sécuritaires peuvent être discutés avec le KCK. Le BDP peut travailler sur une constitution démocratique et les autres partis politiques peuvent y contribuer. Cela veut dire que si le problème est résolu dans un cadre législatif et sous des garanties constitutionnelles, on peut faire déposer les armes.
Amnistie pour tous
Certains prétendent que je tente de sauver ma propre peau. Ce sont des approches mesquines. Un processus auquel je ne prendrais pas part ne pourrait réussir. C’est clair. Mon objectif n’est pas de sauver ma peau. S’il y a une amnistie, ce sera pour tout le monde.
Soit une solution, soit une révolution
Le processus de paix nécessite que des négociations soient menées. Sinon, ce sera le début de la révolution, comme je l’ai expliqué au cours de mon précédent entretien. Et une fois qu’elle aura commencé, elle sera incontrôlable. La Turquie est confrontée à un tel risque. Je ne veux pas que mes propos soient perçus comme des tactiques données au PKK dans le but d’intensifier le conflit. Je ne fais qu’établir les faits. Parce que le PKK a ses propres méthodes.
Je suis désolé pour les soldats tués, aussi bien que pour les guérilléros. Je me suis efforcé de prévenir ces morts. Ni le CHP, ni le MHP, ni encore les faux islamistes ne peuvent résoudre ce problème. Ils parlent encore d’opérations, de bombardements, de tueries. Le PKK ne peut être détruit par une armée professionnelle ou par des armes technologiques. Partout, les Kurdes continuent à rejoindre le PKK. De plus, on risque d’assister à une escalade des conflits dans les villes.
Et si la guerre s’intensifie, les groupes radicaux des deux côtés pourraient rendre le problème plus compliqué et insolvable. Dans ce cas, tout le monde va perdre, et surtout le gouvernement. »