Kurdish Info 24.12.2009- "Ici, je fais des observations; contrairement aux allégations, je ne
donne pas d'ordres. Le leadership que j'exerce ici est uniquement
sociologique. Les conditions dans lesquelles je me trouve ne me
permettraient pas d'exercer un leadership politique. Entreprendre
pareille chose dans cet endroit serait d'ailleurs contraire à
l'éthique. Chez moi, l'éthique est très importante. Je suis un guerrier
de l'honneur. Les principes sont essentiels dans mes relations avec les
autres."
Selon Sönmez Köksal, si Öcalan veut des droits collectifs, on n’en finira pas, la guerre va encore durer 25 ans. Qu'est-ce que cela signifie que de dire aux gens de ne pas revendiquer de droits collectifs. Le seul fait que deux personnes se mettent côte à côte est déjà un collectivisme. Cette question, c'est celle d'une société. Ce que vous appelez société est également une structure collective. On prétend que la guerre va encore durer 25 ans. Si ces droits ne sont pas reconnus, elle peut durer cinquante ans, cent ans ou mille ans. C'est certain qu'elle va durer si vous ne reconnaissez pas les droits collectifs. Les Kurdes ne renonceront pas à leurs droits collectifs, nous ne renoncerons pas à ces droits. Tu interdis ma langue. Les gens ne peuvent pas élever leurs enfants selon leur culture et leur langue. Nous ne pouvons pas transmettre à nos enfants notre langue et notre culture. C'est quelque chose d'effrayant et d'inacceptable.
Désormais, la balle est dans le camp de l'AKP. L'AKP doit faire et dire ce qui est nécessaire. En Turquie, tout le monde reconnait qu'il y a une question kurde, y compris l'AKP. Mais alors, pourquoi ne résout-il pas ce problème? Qui l'en empêche?
C'est une question sérieuse. Je sais ce que c'est que de perdre un guérilléro ou un soldat. Chaque goutte de sang versée me blesse profondément. On ne peut pas traiter avec parcimonie cette question qui engage des vies humaines. A côté du préjudice moral et physique, il y a le préjudice économique. On a dépensé des milliards de dollars. Qu'est-ce que ça signifie? C'est la cause de la misère, de la faim et du chômage grimpant en Anatolie. Pour résoudre ces problèmes, il faut une approche sérieuse et profonde de la question. On prend l'Espagne pour exemple. Mais l'Espagne a résolu ses problèmes internes et réalisé un règlement démocratique. Ils ont réussi à résoudre leurs problèmes internes. Nous devons nous aussi faire de même pour trouver une solution à notre propre problème.
J'ai entendu à la radio qu'une commission de vérité avait été créée au Brésil. Cette commission serait chargée de mener des recherches sur les violations des droits humains et les tortures commises sous le régime militaire de 1964-1985. Elle devrait également enquêter sur les activités de l'ancienne contre-guérilla. Je rappelle à nouveau ce que j'avais proposé pour la Turquie. Si on veut résoudre le problème, on doit créer au sein de l'Assemblée nationale une commission de justice et de vérité. Pourquoi est-ce qu'on ne crée pas cette commission? Si vous créez cette commission, vous entendrez tout le monde et viendrez également ici pour m'entendre. Après avoir entendu les personnes concernées et les différentes parties, vous serez en mesure de diagnostiquer le problème et d'envisager les solutions possibles. La solution est en fait simple. Voyons si le problème demeure après que ces étapes auront été franchies. On dit que les solutions résident au cœur de la Grande Assemblée Nationale de Turquie. Dans ce cas, agissez! Qui vous en empêche? Vous fermez un parti en prétextant que je donne des ordres. Ce n'est pas en agissant de la sorte que vous résoudrez les problèmes. Vous dites que l'Assemblée nationale est le lieu de la résolution démocratique. Dans ce cas, il faut créer une commission de justice et de vérité au sein de l'Assemblée. L'Assemblée est le terrain de discussion et de résolution des problèmes. Il faut avoir foi dans la politique démocratique et la lutte pour cette politique.
En ce qui concerne le PKK, mes observations sont les suivantes : Le PKK est composé de groupes autonomes. Chaque unité a une autonomie propre. Ces groupes sont dans les montagnes 24 heures sur 24, ils vivent dans ces conditions rudes et sont constamment surveillés. Ils sont partout encerclés par le danger de mort et vivent avec le risque de se faire tuer à chaque instant. Dans de telles conditions, ils sont obligés de s'autogérer et de prendre eux mêmes leurs décisions, et ils sont en mesure de se défendre. Ainsi, il ne leur est possible de recevoir des ordres ni de Murat Karayilan, ni de Kandil, ni de moi. Je n'ai pas donné et ne donnerai pas d'ordre au PKK. Les membres du PKK agissent sur leur propre initiative. Jamais je ne dirai à quelqu'un de faire telle chose, de se dégrader physiquement, je ne pourrai d'ailleurs pas le faire, ce ne serait pas conforme à ma situation.
Il n'existe pas chez nous de concept de nationalisme kurde ou turc. Le concept de nationalisme turc que l'on essaye de développer est pareil à un trou noir qui absorberait toutes les cultures et les langues, et dans lequel on se perdrait finalement soi-même. Ce concept n'a même aucun rapport avec les Turcs. C'est une approche purement idéologique qui n'a rien à avoir avec la Turcité.
Je n'ai nullement la prétention ni la préoccupation d'être un interlocuteur. L'important, c'est qu'une solution soit apportée au problème. Par mon comportement ici, j'ai débarrassé l'Etat et l'AKP d'une montagne de soucis. Mais ces derniers ne tendent pas la main à la solution, ils jouent un double jeu. Une partie de l'AKP ainsi que le MHP et le CHP persistent dans l'approche classique de la non résolution. Autrement dit, ils tentent de développer le nationalisme turc. Ce nationalisme est la source d'inspiration de celui de Hitler. Le nationalisme de Hitler s'en est nourri, le nazisme s'en est inspiré. Il en est de même pour Mussolini. Encore une fois, leur nationalisme n'a aucun rapport avec les Turcs, il est purement idéologique. C'est le concept du CHP de Baykal et du MHP de Bahçeli.
Notre principal problème est ontologique, c'est à dire relatif à la question de l'existence. Notre problème, c'est celui de l'existence. Nous menons une lutte pour l'existence. Il faut voir cet aspect de notre lutte et l'approcher sous cet angle.
Le directeur de la détention et des peine m'avait déjà adressé un avertissement pour me dire de me tenir tranquille. A présent, l'administration m'annonce que je n'aurai pas de télévision. Ils pensent pouvoir me tromper avec une télévision. Je ne suis pas de ceux que l'on peut tromper par de telles manœuvres. Je ne me laisserai jamais faire. Mon attachement aux principes et aux valeurs est infini. Cela fait dix ans que je n'ai pas de télévision. Si aujourd'hui, on ne m'en donne pas, cela ne me fera rien, je n'y perdrai rien. « Je ne suis pas un enfant, vous ne pouvez pas me tromper de cette façon » leur ai-je dit. Je leur ai dit de ne pas recourir à ces basses manoeuvres avec moi. J’ai ajouté que même si ils menaçaient de me tuer, cela ne me ferait pas peur. Voyez cette mentalité qui donne autant de prix au droit dérisoire d’avoir une télévision.
On tente également de faire du chantage avec certaines améliorations. Je ne suis pas dupe de ce chantage. Je ne demande même pas à avoir la télévision. On donne des télévisions à ceux qui ont été condamnés comme moi à la prison à vie, mais pas à moi. Il y a ici deux poids deux mesures. Certains prétendent que je collabore avec l’Etat. Est-ce que quelqu’un qui collabore avec l’Etat vivrait dans ces conditions. Voici ce que je dis à ceux qui prétendent que j’essaye de sauver ma peau : j’ai seulement demandé un peu d’air pour respirer, c’est le droit le plus naturel de tout être humain. Je n’ai rien demandé de plus pour moi-même. Voilà ma philosophie, on peut vivre n’importe comment et n’importe où du moment qu’on a de l’air, et c’est ainsi que je vis ici.
Je n’ai pas peur de leur dire qu’ils peuvent me tuer. Ils me disent de me tenir tranquille, de ne pas parler. Comment pourrais-je ne pas parler, comment peut-on vivre sans parler ? Pour moi, c’est un droit et un devoir que de parler, exprimer ses opinions et faire des observations. Le traitement qui m’est réservé ici revient à une mort progressive étendue sur le long terme. Un condamné à mort est tué en trois minutes ; alors que pour moi, l’exécution de la condamnation à mort est étendue sur plusieurs années.